Le flessum du genou : origine neuromotrice et solutions rééducatives

I. Le flessum : définition

Le flessum du genou se caractérise par une incapacité à mettre en extension complète l’articulation du genou. Nous le retrouvons en particulier après un traumatisme important du genou tel que la rupture du ligament croisé antérieur, une atteinte méniscale, la pose d’une prothèse et autres suites post-opératoires.

Le flessum est très souvent une attitude antalgique et qui est donc réductible par la rééducation. Il convient bien évidemment de s’assurer qu’il n’y ait pas eu de complication mécanique, comme une anse de seau par exemple, nécessitant une prise en charge opératoire. Malgré les différents exercices réalisés sur plusieurs séances, il arrive que le patient revienne avec un flessum persistant, ce qui devient un facteur limitant dans la prise en charge. Autrement dit, le corps n’arrive pas à enregistrer de façon durable une position fonctionnelle idéale d’extension du genou et donc ne possède plus le pattern moteur efficient (ci-dessous une image d’une coupe transversale d’un muscle normal VS muscle avec inhibition ; les fibres rouges étant activés et les grises inactives) [1] . Au-delà du testing musculaire manuel, ce déficit d’activation musculaire peut être objectivé par l’utilisation d’un électromyogramme de surface.

Article Flessum Genou

II. Flessum du genou & inhibitions motrices

Nous parlons ici d’inhibitions motrices ou plus communément appelées Arthrogenic Muscle Inhibition (AMI). Ce mécanisme implique une surstimulation réflexe des ischio-jambiers ainsi qu’une inhibition du quadriceps, et plus particulièrement les fibres du Vaste interne [2]. L’appui sur le même côté se faisant de façon moindre, c’est pourquoi nous retrouvons régulièrement le moyen fessier avec une activation diminuée en parallèle d’une cotation plus faible. La cause est donc très souvent d’origine centrale et cette inhibition peut persister longtemps pouvant causer jusqu’à une raideur irrémédiable, nécessitant une prise en charge opératoire.

Notre travail sera donc de prévenir la persistance de ce facteur limitant. Il a été démontré que la cryothérapie ainsi que la stimulation électrique transcutanée (TENS) ont un effet sur l’amélioration de l’excitabilité des fibres musculaires traitées en local [3]. Toutefois leur temps d’action reste limité, et surtout ils ne permettent pas le maintien de l’activité neuromusculaire acquise. Cela peut sembler logique puisque l’action se fait de façon périphérique.

III. Flessum du genou : prise en charge par la méthode Allyane

C’est pourquoi la technique de reprogrammation neuromotrice selon la méthode Allyane apparaît comme une approche intéressante que nous allons détailler ci-après. Elle inclut un travail plurisensoriel sur la commande motrice associant l’imagerie motrice avec l’identification proprioceptive du geste, et tout ce travail mental s’effectue sous l’écoute de sons de basse fréquence spécifiques délivrés par un dispositif médical appelé Alphabox®. Le patient est au cœur de l’action du traitement puisqu’il lui est demandé de prendre conscience du bon mouvement du côté sain et de le transférer au membre lésé, bien sûr tout cela par étapes bien définies et dirigées par le praticien.

Dans notre exemple du flessum de genou, nous commençons tout d’abord par le relâchement des ischio-jambiers selon un protocole spécifique inspiré des méthodes de Schultz et Jacobson. Cela consiste notamment en un travail de contraction maximale des muscles du corps permettant d’aboutir à un relâchement tout aussi maximal du corps, en essayant ensuite de cibler la zone à traiter, à savoir ici les ischio-jambiers. Une fois cette commande de relâchement des ischio-jambiers acquise, nous traitons la réactivation du muscle clé de la stabilité du genou à savoir le vaste interne en identifiant les bonnes informations neuro-sensori-motrices naturelles du côté sain et en les transférant en miroir sur le membre atteint. Le patient repart donc avec des pattern moteurs clairs et précis, qui seront à travailler par la suite à la fois chez soi par du travail en imagerie mentale et avec le kinésithérapeute sur des exercices spécifiques impliquant la bonne activation du vaste interne, tout en ayant le relâchement naturel de son antagoniste.

En conclusion, le flessum du genou est une complication qui se retrouve régulièrement, dès le traumatisme, et qui résiste souvent dans le temps malgré la rééducation et la réathlétaisation. Il représente un frein important à l’évolution de la prise en charge. Il est essentiel de le traiter et surtout de prévenir son apparition. L’approche par la méthode de reprogrammation neuromotrice Allyane est complémentaire aux autres techniques déjà mises en place. Elle apporte une dimension plus centrale, en considérant davantage l’importance sur l’activation-même des muscles. Le bilan clinique ainsi que l’interrogatoire suscitent donc une analyse poussée afin de détecter ces inhibitions motrices pour les traiter au plus tôt afin d’obtenir une bonne poursuite de la rééducation.

 

Bibliographie :

[1] Sedory E, McVey E, Cross K, Ingersoll C, Hertel J. Arthrogenic Muscle Response of the Quadriceps and Hamstrings With Chronic Ankle Instability. Journal of athletic training. 1 juill 2007;42:355‑60.

[2] Sonnery-Cottet B, Saithna A, Quelard B, Daggett M, Borade A, Ouanezar H, et al. Arthrogenic muscle inhibition after ACL reconstruction: a scoping review of the efficacy of interventions. British Journal of Sports Medicine. mars 2019;53(5):289‑98.

[3] Diekfuss JA, Grooms DR, Yuan W, Dudley J, Foss KDB, Thomas S, et al. Does Brain Functional Connectivity Contribute to Musculoskeletal Injury? A Preliminary Prospective Analysis of a Neural Biomarker of ACL Injury Risk. J Sci Med Sport. févr 2019;22(2):169‑74.