Syndrome fémoro-patellaire : une nouvelle approche grâce aux neurosciences

Quel apport des neurosciences dans la prise en charge du syndrome fémoro-patellaire ? 

I. Syndrome fémoro-patellaire : définition

Le syndrome fémoro-patellaire représente 25 à 40% des lésions du genou liées au sport, c’est donc un enjeu majeur de la prise en charge des genoux en rééducation (1).

La définition de ce syndrome est une douleur antérieure au niveau de la patella. On exclura ici les lésions péri-articulaires et péri-patellaires. Il s’agit essentiellement d’un mauvais trajet ou « tracking », comme disent les anglo-saxons, de la patella dans sa trochlée. On fait donc face, ici, à un problème de stabilisation.

La stabilisation de la rotule est indispensable du fait de la résultante des forces de traction qui présentent une composante subluxante externe (schéma).

Rotule 1

En flexion, outre la meilleur concordance articulaire fémoro-patellaire, deux mécanismes stabilisateurs interviennent :

  • la force de placage de la rotule (schéma)
  • l’alignement en flexion du système extenseur par la rotation interne automatique qui déporte en dedans la tubérosité tibiale antérieure.

Rotule 2

En extension ou entre 0 et 15° de flexion, à la force subluxante externe constante, s’opposent quatre mécanismes :

  • le vaste médial
  • la berge externe de la trochlée
  • l’aileron rotulien interne
  • la rotation interne automatique

On peut en déduire les anomalies anatomiques qui favorisent le mauvais tracking de la rotule :

  • la désaxation du système extenseur en particulier le positionnement trop externe de la TTA (baïonnette)
  • la rotule haute, positionnée au-dessus de la trochlée
  • la dysplasie de la trochlée (surtout berge externe)

La stabilité de la patella est assurée par plusieurs éléments :

  • des éléments passifs : capsule, trochlée, rétinaculums , ligament patello-fémoral.
  • des éléments actifs : tendon quadricipital et rotulien , quadriceps ( surtout VMO ) , bandelette ilio-tibiale.

Fémoro 3

 

Si on a une dysbalance entre tous ces stabilisateurs, on aura un mauvais « tracking » de la patella.

Il existe aussi des facteurs de risques prédictifs de ce syndrome fémoral patellaire contre lesquels on va devoir travailler :

des facteurs intrinsèques :

  • Anomalies anatomiques : dysplasies, patella alta
  • Biomécanique membre inférieur
  • Rétraction tissus mous
  • Dysfonctions musculaires

des facteurs extrinsèques :

  • sport ou activités pratiquées
  • condition environnementale (pente, escaliers)
  • type de surface
  • équipements (par exemple le stress fémoro-patellaire augmente avec les chaussures à talon et diminue avec une course pied nu ou chaussure minimaliste (2))

II. Quelles prises en charges ?

Le but de la prise en charge va être de diminuer les douleurs et d’améliorer ce mauvais tracking rotulien.

Pour cela, on va chercher à :

  • Diminuer les contraintes excessives des tissus mous péri-rotuliens.
  • Améliorer la force et l’activation du quadriceps (VMO).
  • Corriger les déficits musculaires de la hanche et du tronc.

La reprogrammation neuro musculaire avec la méthode Allyane, née des neurosciences va alors avoir toute sa place dans cette prise en charge .

En effet, elle va permettre de traiter les inhibitions motrices que l’on retrouve dans ces syndromes fémoro-patellaires comme par exemple le vaste médial qui permet de stabiliser la rotule mais aussi le moyen fessier, qui lorsqu’il est déficitaire va entrainer un valgus dynamique augmentant le stress fémoro-patellaire .

La reprogrammation neuromotrice Allyane est un procédé neurophysiologique permettant la modification, la correction ou l’acquisition d’un automatisme moteur.

Elle est destinée à faciliter la réhabilitation, la modification ou l’acquisition d’un geste de façon rapide et durable.

Pour cela, on va travailler sur les sensations proprioceptives du patient afin de faire prendre conscience au cerveau des déficits de manière à faciliter la mise en place de mécanismes de corrections

Puis on va se servir de l’imagerie mentale afin de les intégrer.

Cette méthode utilise également des sons de basse fréquence qui vont mettre le patient dans un état d’hypovigilance et ainsi ancrer le travail au niveau sous-cortical.

1 Witvrouw E, Callaghan MJ, Stefan JJ, et al. Pa- tellofemoral pain: Consensus statement from the 3rd International patellofemoral pain research retreat held in Vancouver, September 2013. Br J Sports Med 2014; 48:411-4.

2 Bonacci J, Vicenzino B, Spratford W, Collins P. Take your shoes off to reduce patellofemoral joint stress during running. Br J Sports Med 2014;48:425-8