Séance détection inhibitions motrices

Les inhibitions motrices centrales : de quoi parle-t-on ?

Le traitement et la prise en charge des inhibitions motrices devient un point de recherche central dans la rééducation fonctionnelle, et les études sur la place du cerveau dans la motricité se multiplient.

Lors de l’apparition de ce type de phénomènes, on observe donc plusieurs conséquences directes, qui seront autant de freins à la rééducation fonctionnelle du membre touché, et aboutiront à des schémas compensatoires plus ou moins impactants, voire handicapants pour la motricité des patients. Il existe aujourd’hui plusieurs hypothèses quant à l’origine de ces phénomènes et leurs mécanismes de mise en place.

Définition

Les inhibitions motrices d’origine non mécaniques correspondent à un mécanisme adaptatif nécessaire au bon ajustement de la motricité. Ainsi, il « met en réserve » des potentialités et permet l’ajustement moteur tout en éliminant les mouvements parasites.

Nous pouvons considérer l’excès d’inhibitions motrices comme pathologique, car il engendre une limitation de l’intégration du réel.

Différents types d’inhibitions ont été définis en psychologie et en psychomotricité, chacun correspondant à une atteinte corticale spécifique.

Une inhibition motrice peut avoir un impact sur la qualité de la contraction musculaire, mais aussi perturber l’activation temporelle de contractions musculaires nécessaires à la bonne réalisation des mouvements. En ce sens, nous pouvons supposer qu’elle modifie les patterns moteurs au niveau cortical. Consécutivement se met en place un enchainement dysfonctionnel ainsi qu’un nouveau mouvement adaptatif.

Aujourd’hui, la manière dont ce phénomène se met en place n’est pas encore bien définie. Différentes visions émergent alors pour l’expliquer.

À quel moment le cheminement de l’information motrice va-t-il apparaître ? Quelles structures cérébrales sont actrices de l’intégration de ces informations ?

La genèse du mouvement volontaire

Pour résumer, nous avons donc 2 visions distinctes concernant l’origine des inhibitions motrices :
– L’une distale qui, pour certains auteurs, consisterait en une modification des informations fournies par les récepteurs de l’articulation et du muscle : cette réduction de l’excitabilité des motoneurones empêcherait les voies supraspinales d’activer pleinement le muscle[3]. L’inhibition serait causée par une diminution de l’activation des récepteurs dont la cause peut être plurielle : un épanchement synovial, une hémarthrose, une inflammation, une raideur et les atteintes des articulations périphériques. Un exemple pourrait être celui des sidérations musculaires, qui
se traduisent par un déséquilibre entre inhibition
et excitation du muscle. Celui-ci provient d’un mécanisme réflexe de protection, activé par un changement des afférences des récepteurs sensoriels de l’articulation, pour éviter des dommages secondaires.

– L’autre vision, proximale, nous amène au niveau du cortex moteur et des voies descendantes où les ganglions de la base (ou noyaux gris centraux) ont un rôle dans l’initiation d’un mouvement : ce sont eux qui autorisent ou inhibent le démarrage d’un mouvement volontaire. Ils auraient un rôle important dans l’automatisme des gestes[2]. Une inhibition mise en place à ce niveau-là serait due soit à l’inactivation prolongée d’un muscle à cause d’une immobilisation longue (chirurgie, orthèse), soit à un blocage psychologique résultant du traumatisme physique. Elle aurait donc pour nature plutôt un problème à la base de la conception de la commande motrice au niveau du cortex moteur.

Par exemple, dans l’instabilité chronique de cheville, la contraction des fibulaires n’est plus en amont du tibial antérieur et du tibial postérieur alors que, pour un mouvement sain lors de la réception d’un saut par exemple, ce sont d’abord les fibulaires qui sont activés. L’action se fait mais elle n’est plus synchrone : cet enchaînement sera dysfonctionnel et le nouveau mouvement créé sera donc adaptatif.

La prise en charge des inhibitions motrices

Il existe deux approches pour prendre en charge les inhibitions motrices : l’approche distale et l’approche proximale.

Approche distale

Cette approche est celle qui ressort le plus souvent en termes de prise en charge des inhibitions motrices.

On y retrouve notamment des techniques connues comme :

–       Le vibrating training

–       La cryothérapie

–       L’électrostimulation

Approche proximale

Nous mettrons deux types d’approche proximale en avant :

–       La technique du biofeedback[4] qui permet des améliorations de la puissance motrice et la récupération fonctionnelle ainsi qu’une meilleure maîtrise de l’action des muscles par le patient.

–       Une nouvelle approche de reprogrammation neuromotrice basée sur l’utilisation des sensations proprioceptives associées à un travail d’imagerie motrice, lui-même combiné à l’utilisation de sons de basse fréquence.

L’objectif sera de désamorcer un geste non fonctionnel et de reprogrammer une fonction motrice adaptée à ses besoins, d’un point de vue neurophysiologique et émotionnel.

Cette démarche innove également par l’implication du patient dans la prise en charge.

Le but est de rééduquer l’image motrice à sa genèse corticale en augmentant la production d’ondes alpha cérébrales grâce à l’utilisation de sons de basse fréquence émis par un dispositif médical.

Les ondes alpha vont permettre de focaliser l’attention sur certaines activités au détriment d’autres.

 

Conclusion

La neuroplasticité et le travail en imagerie mentale attirent de plus en plus l’attention du corps médical en ce qui concerne la rééducation, puisqu’il est désormais admis que le cerveau aurait la capacité de potentialiser la rééducation en renforçant ses circuits neuronaux. On peut parler d’équivalence neurofonctionnelle entre le mouvement réalisé et imaginé, et c’est pour cette raison que le travail mental va être particulièrement efficace[5].

Il semble finalement important de prendre en compte ces 2 approches dans la prise en charge de nos patients, notamment dans le cas d’inhibitions motrices de nature plutôt proximales qui pourraient passer inaperçues puisque le mouvement est quand même effectué, mais n’est plus synchrone. Et c’est justement cette dimension de synchronicité dans les recrutements musculaires et leur niveau d’intégration corticale qu’il est important de considérer aujourd’hui. Notamment pour comprendre les schémas adaptatifs observés en cabinet, par exemple sur des instabilités chroniques articulaires ne présentant aucun trouble d’ordre mécanique. Enfin, nous pourrions nous demander si les inhibitions n’aboutiraient pas toutes finalement à un niveau proximal, puisqu’une atteinte distale persistante modifierait donc dans la majeure partie des cas cette synchronicité, et donc le pattern moteur à la base de sa conception.

 

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Sources :
[1] Weinrich M, Wise SP. The premotor cortex of the monkey. J. Neurosci. 1982 Sep;2(9):1329-45.
[2] Kawaï R., Markman T., Roddar
R., Olveczky BP. Motor cortex is required for learning but not for executing a motor skill.Neuron. 2015 May 6;86(3):800-12. doi: 10.1016/ j.neuron.2015.03.024.
[3] Hurley M. V., Jones D. W., Newham D. J. Arthrogenic quadriceps inhibition and rehabilitation
of patients with extensive traumatic knee injuries.
Clin Sci (Lond) 1994;86(3):305–310.
[4] Gabler C1, Kitzman PH2, Mattacola CG3. Targeting quadriceps inhibition with electromyographic biofeedback: a neuroplastic approach.
[5] Ehrsson H., Geyer S., Naito E. – Imagery of voluntary movements of fingers, toes and tongue activates