Instabilité de cheville, Allyane

Reprogrammation neuromotrice de l’instabilité fonctionnelle de cheville

L’instabilité de cheville : définition

Linstabilité fonctionnelle de cheville pour reprendre la classification d’Yves Tourmé se définit par :

un déficit de proprioception, conséquence directe de la désafférentation sensorielle des récepteurs ligamentaires lors des entorses de la cheville d’où l’importance du rétablissement d’une pré-activation musculaire (rétrocontrôle) qui sera l’élément prépondérant pour retrouver une stabilité articulaire.

un déficit fonctionnel musculaire essentiellement basé sur les fibulaires mais aussi gastrocnémiens ou tibial antérieur, conséquence directe des inhibitions mises en place après entorse de cheville, soit un défaut mécanique musculaire.

une instabilité posturale, essentiellement le varus de l’arrière-pied, les orteils en griffes, pied équin, genu varum, pied adductus ou avant-pied pronatus.

 

Le procédé de reprogrammation neuromotrice pour l’instabilité de cheville

Au niveau du déficit de proprioception et du déficit fonctionnel musculaire, de nouveaux procédés nous permettent une reprogrammation neuromotrice de la cheville dans des délais très brefs avec une importante pérennité. Ces procédés exploitent les récentes découvertes en neuroscience sur la plasticité cérébrale en se basant sur l’identification proprioceptive, l’imagerie mentale et la stimulation pluri-sensorielle en associant un générateur de sons de basse fréquence. En effet, certains sons de basse fréquence tout en stimulant les aires de la motricité, font accéder les patients au mode alpha. Cet état d’activité cérébrale est indispensable à la visualisation neurosensorielle et permet une visualisation optimale.

 

L’instabilité de cheville se caractérise selon Hopkins et al (2009) et Menacho et al (2010) dans leur méta-analyse par : 

  • Une activation des fibulaires plus tardive
  • Une activité́ des fibulaires significativement plus faible en pré-atterrissage et plus élevé en post-atterrissage
  • Une altération des patterns moteurs. Les sujets avec une cheville instable auraient tendance à activer de façon simultanée fibulaires, gastrocnémiens et tibial antérieur contrairement à la normalité où le tibial antérieur est activé après le long fibulaire et après les gastrocnémiens.

Comment la reprogrammation neuromotrice agit-elle ?

La reprogrammation neuromotrice propose de combler le déficit proprioceptif par :  

  • Une amélioration du recrutement des fibulaires et une augmentation du tonus musculaire de base de ce groupe,
  • Un réapprentissage des patterns moteurs basé sur la dissociation temporelle des activations musculaires lors du saut unipodal des fibulaires, gastrocnémiens et tibial antérieur, dans cet ordre.

Dans un premier temps, le sujet travaillant sur le membre sain, apprend à identifier le recrutement spécifique des fibulaires contre résistance. Ce travail se fait soit en miroir par rapport au membre sain, soit en analytique perceptif. Une fois l’image mentale de ces sensations proprioceptives acquise, on peut envisager la reprogrammation neuromotrice de la cheville instable.

Pour cela, le patient réalise tout d’abord un travail mental de déprogrammation en imaginant une contraction des fibulaires du côté pathologique de faible amplitude, puis efface de façon virtuelle la cheville comme s’il se voyait sans pied.

Il reprogramme ensuite une contraction des fibulaires puissante et explosive correspondant au type de fibres de ce groupe musculaire.

Dans un deuxième temps, sur le même schéma, il reprogramme un travail dissociatif des fibulaires, gastrocnémiens et tibial antérieur, dans cet ordre lors de la réception du saut unipodal.

Le travail d’identification proprioceptive se fait sur plan instable, de type Bosu ou mini trampoline. Le sujet apprend à identifier les contractions musculaires lors de la réception du saut unipodal sur le membre sain. Une fois acquises, ces sensations sont induites grâce aux sons de basses fréquences par un travail de visualisation sur le membre pathologique.

 

Ce type de reprogrammation permet au sujet d’automatiser les pré-activations musculaires nécessaires à la stabilité fonctionnelle de façon subconsciente et ne pas encombrer la partie cognitive de sa motricité par du conscient-volontaire. On parle ainsi de motricité libérée.  

Article rédigé par Paul Dorochenko

Kinésithérapeute Ostéopathe et préparateur physique